Les premiers balbutiements de Bayonne-Luchon datent de l’époque où les coureurs du Tour de France accomplissaient la grande étape des quatre grands cols pyrénéens d’une seule traite. Ceci donna envie à quelques cyclotouristes locaux de s’essayer sur cet impressionnant parcours. C’est ainsi qu’en 1930, un quatuor composé de Calame, Janot, Duffaure et Lapouble (dix-huit ans) se lança dans cette intrépide aventure sur le parcours Biarritz-Luchon.

Ensuite, chaque année, des mordus tentèrent l’aventure, toujours dans un cadre individuel. En 1936, on assista à la naissance de l’Audax Côte Basque, se transformant en 1938 en Guidon Bayonnais, fort d’une quinzaine de membres. Citons parmi les plus assidus, outre les quatre précurseurs cités plus haut, les noms de Benoit, Graciet, Guillamondéguy, Serrano ou Spinne ainsi que des Palois, ce qui fit s’élargir au fil des ans le groupe des aventuriers.

Les conditions de randonnée paraissent inimaginables aux cyclos d’aujourd’hui. Les amateurs d’alors étaient totalement livrés à eux-mêmes à tous les points de vue : ravitaillement, mécanique, transport, sans parler des équipements vestimentaires de l’époque. N’oublions pas l’état des routes où les plaques de goudron voisinaient avec la terre et les graviers. La période choisie était juillet et toujours à la pleine lune. Le retour chez soi s’effectuait par le train avec les moyens du temps. En cas d’abandon, fréquent par fatigue ou incident mécanique irréparable, il fallait rejoindre la gare la plus proche à pied.

Quelques anecdotes significatives parmi beaucoup d’autres :

    - 1936 : séance d’entraînement Pau-Aubisque-Soulor-Lourdes-Pau pour les deux Bayonnais Calame et Laroche portant comme tenue vestimentaire un vieux costume deux pièces veste-pantalon.
    - 1937 : 27h10, temps effectué par Spine et Benoit.
    - 1938 : 24h05 par les mêmes.
    - 1939 : Le Bayonnais Guillamondéguy, arrivé aux Eaux-Bonnes, démontant son pédalier pour installer le petit pédalier qu’il transportait dans sa sacoche afin de franchir les grands cols…



Après un arrêt pendant les années de guerre, 1946 voit la création de l’actuelle section cyclotourisme de l’Aviron Bayonnais dont Calame devient le président. En alternance tous les deux ans avec la R.C.P. (Randonnée des Cols Pyrénéens) que les Palois viennent de créer de leur côté, Bayonne-Luchon devient alors  randonnée officielle de la FFCT.

Une longue histoire commence faite de passion pour ces cols et cette montagne. Des canicules, des orages, des chutes, rien n’empêchera les participants de venir et de revenir comme José Ortega, un cyclo espagnol emporté par une maladie foudroyante alors qu’il se préparait pour sa vingtième participation.
     
Bayonne-Luchon va devenir dans les années 60 un BCMF (Brevet Cyclo-Montagnard Français), une organisation phare de la FFCT. A la suite de malentendus avec la fédération, ce label sera perdu vingt ans plus tard puis récupéré en 2006 sous une forme nouvelle, celle du BCCF (Brevet Cyclotouriste des Cimes Françaises). Mais label ou pas, la randonnée perdurera et la participation atteindra le millier à l’orée des années 80. La concurrence nouvelle des cyclosportives proposant moyennant finance un encadrement et un look plus professionnels et sportifs portera un coup à la fréquentation. Mais les vrais randonneurs continueront à plébisciter ce défi mythique.

Avec le temps, les conditions vont changer : le raid pourra s’effectuer en une ou deux étapes avec neutralisation nocturne, ce qui l’humanise un peu. Le parcours aussi va varier, Bayonne-Luchon alternant avec Luchon-Bayonne, qui fut en 1910 la première étape pyrénéenne du Tour de France. Son centenaire en 2010 a été d’ailleurs l’occasion de retrouver une forte participation, pour plus de la moitié espagnole. Aujourd’hui, cette version Luchon-Bayonne est privilégiée pour plusieurs raisons. D’abord, c’est beaucoup plus facile et économique pour des Bayonnais d’organiser dans ce sens. Car on ne lâche plus dans la nature des cyclistes autonomes, sacoches ou sacs à dos pleins de ravitaillement. Le participant actuel demande plus d’encadrement, de présence sur les 320 kilomètres du parcours. Nous ne sommes plus aux temps héroïques évoqués plus haut. De plus l’organisateur subit de la part des autorités des contraintes de plus en plus importantes et sa responsabilité est mise en cause au moindre incident ou accident. D’où la sage décision prise à regret d’éviter le sens qui amène les randonneurs à dévaler des cols de nuit.

Quel est l’avenir de cette randonnée ? Nul ne le sait. Les mentalités nouvelles, les conditions matérielles, les contraintes administratives, tout cela peut inquiéter. Mais il faut que Luchon-Bayonne survive au même titre que les grands monuments de la randonnée cycliste que sont le Brevet de Randonneur des Alpes, Paris-Brest-Paris, Bordeaux-Paris et d’autres. Et heureusement, il restera toujours quelques « fous » pédalant pour relever de tels défis.